Technologies propres
L’embryon de conscience écologique en train d’émerger au sein des populations occidentales représente une opportunité commerciale très alléchante pour les entreprises. Cette opportunité – initialement un simple marché de niche - s’est transformée en boulevard depuis que Nicolas Hulot est parvenu, avec un talent indéniable, à faire de l’écologie un thème incontournable des JT de 20 heures.
Je ne remets nullement en cause cette action : la démarche apolitique de Nicolas Hulot est à mon sens salutaire. Il n’empêche que l’écologie se transforme en un argument marketing, avec tout ce que cela implique en terme d’approximations (pour ne pas dire de manipulations).
La propreté est devenue à la mode et sert de caution pour commercialiser des biens inattendus ; des voitures …. propres par exemple ! Que l’on ne s’y trompe pas : une voiture « propre » n’est rien d’autre qu’une voiture dont le rendement énergétique a été améliorée par rapport aux véhicules des précédentes générations.
Cette amélioration des rendements est une tendance de fonds dans l’histoire des technologies humaines. Elle produit des effets positifs : à performance constante, la technologie employée au niveau individuel permet de polluer moins. Néanmoins, n’en déplaise aux constructeurs automobiles, la pollution propre reste à inventer.
Tout le drame de notre civilisation, c’est que la sobriété énergétique vers laquelle tendent les technologies est contrecarrée par deux phénomènes :
- une augmentation du nombre d’utilisateurs (il n’est pas rare pour un ménage de posséder deux voitures, voire plus. Est-ce bien nécessaire ?) ;
- une augmentation du nombre de technologies adoptées par le citoyen lambda (les climatiseurs, quasiment inexistants en France il y a 20 ans, se vendent comme des petits pains à l’approche de ces canicules dont les climatologues nous affirment qu’elles sont appelées à devenir notre lot quotidien en été). L’être humain est-il condamné à vivre assisté par des technologies énergétivores, là où un soupçon de bon sens personnel suffit dans bien des cas à résoudre les problèmes ?
L’idée de voiture « propre » permet en fait de déculpabiliser le consommateur, au moment même où sa conscience écologique naissante lui chuchote que la voiture peut engendrer quelques désagréments. Mais le paroxysme de la déculpabilisation me paraît atteint en matière de biocarburants.
Sur ce sujet, les médias grands publics font preuve de la plus effroyable des légèretés. La plupart du temps, ils présentent une vision idéaliste des choses ; tant et si bien qu’on en viendrait presque à penser que brûler des biocarburants dans son réservoir est un geste bénéfique ; une sorte de geste citoyen que tout humaniste se doit d’accomplir consciencieusement. D’ailleurs, n’y a-t-il pas le mot « bio » dans « biocarburant » ?
Dans la presse quotidienne dite de référence j’entrevois ici et là quelques articles sur les problèmes posés par la concurrence entre cultures alimentaires et cultures énergétiques : diable, c’est que l’espace n’est pas infini ! Cette question, pertinente au demeurant, ne fait qu’effleurer le problème : les engrais qui seront utilisés ne sont-ils pas des dérivés du pétrole ? Est-il opportun de vider encore un peu plus les sols de leur substance, de polluer davantage les nappes phréatiques pour produire des biocarburants ? Quel est le rendement énergétique de la filière biocarburants ? Le Brésil, Eldorado des biocarburants, est-il un si bel exemple (la forêt amazonienne recule, et ce n’est pas que pour fabriquer des tables) ?
La propreté est un concept relatif. C’est une notion le plus souvent trompeuse lorsqu’elle est utilisée afin de vanter les vertus supposées écologiques de biens de consommation courants. Faire la part des choses, déceler l’infime portion d’objets vertueux qui surnage au milieu d’un magma de gadgets aussi énergétivores qu’inutiles, n’est pas toujours évident. Mon seul conseil : lisez les opinions des uns et des autres et réfléchissez posément à tout ce qu’implique la technologie propre qui vous a été présentée sous des atours si séduisants. C’est à cette seule condition que vous pourrez agir en cohérence avec vos convictions profondes.
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