Victoire sur le temps
A la lecture de 50° Déserts brûlants de Philippe Frey, où l’auteur raconte ses pérégrinations dans les coins les plus inhospitaliers de la planète tout en se livrant à des réflexions pertinentes sur le mode de vie moderne, je me faisais la réflexion que la course au temps est décidément ce qui caractérise au mieux notre société.
Cette prédominance du temps est si totale que se déplacer sans montre est devenu un anachronisme et que l’attente, quelle qu’en soit l’objet ou la durée, est vécue par beaucoup d’entre nous comme une situation intolérable, le signe d’une inefficience inadmissible. Qui n’a jamais pesté contre son bureau de poste ou, à l’occasion d’un voyage à l’étranger, contre l’indolence supposée des autochtones ?
Il faut dire que, de simple unité de mesure servant à rendre compte du mouvement de la Terre autour du soleil, les jours, heures et minutes sont devenus des étalons à l’aune desquels se mesure la performance. De nos jours, on dit d’un individu qu‘il est performant non pas lorsqu’il met en œuvre un savoir-faire avec une qualité inégalable mais lorsqu’il effectue un travail de qualité médiocre le plus rapidement possible. Le lent perfectionniste est au mieux quelqu’un qui n’a rien compris aux réalités de notre monde ; au pire un imbécile.
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